Blog

Textes

Sur l'approche comportementale, les écarts, la forme de l'action et la structure de la résistance.


24 juin 2026

Ce que l'on apporte à la première séance

La plupart des personnes arrivent à une première séance de coaching avec un récit.

« Je n'arrive pas à me concentrer. » « Je n'avance pas sur mon projet. » « Il me manque de la discipline. »

Ce n'est pas une demande. C'est une description d'un état — souvent juste, parfois précise, presque jamais opérationnelle.

La différence est fondamentale : une description d'état dit comment la situation est ressentie. Une demande dit ce avec quoi on peut travailler structurellement. Ce ne sont pas la même chose.

Pourquoi le récit ne fonctionne pas comme point de départ

« Je n'arrive pas à me concentrer » peut signifier des dizaines de choses différentes. L'absence d'environnement physique de travail. Des priorités concurrentes. Un évitement face à une tâche précise. Ou simplement — une tâche formulée de façon trop abstraite pour qu'on puisse l'aborder.

Travailler directement à partir du récit, c'est discuter du ressenti plutôt que de la structure. Cela peut être utile. Mais ce n'est pas du coaching au sens comportemental.

Le premier vrai travail

Passer de « j'ai l'impression de ne pas avancer » à « voici une action précise qui ne s'est pas produite depuis 30 jours » — c'est le premier vrai travail de la première séance.

Nommer l'écart comportemental avec précision est plus difficile qu'il n'y paraît. Non pas parce que les personnes sont imprécises — mais parce que le langage que nous utilisons ordinairement pour nous décrire nos problèmes n'est pas conçu pour ce niveau de spécificité.

Une fois l'écart nommé, un sujet de travail apparaît. Avant cela — seulement un récit.

27 juin 2026

Quatre types de résistance

Quand l'action nécessaire ne se produit pas — ce n'est pas toujours un « manque de motivation » et pas toujours une « peur ». Les causes sont structurellement différentes, et c'est important parce que la réponse juste dépend du type.

Type 1 : déficit de compétence

La personne ne sait pas comment faire — non pas en général, mais au niveau des actions précises. Ce qui est nécessaire n'est pas un travail de coaching sur l'écart, mais un autre format : formation, mentorat, spécification plus détaillée.

Le coaching n'aidera pas ici parce que le problème n'est pas la forme de l'action — c'est l'absence de l'action comme compétence.

Type 2 : résistance d'évitement

L'action expose à quelque chose d'important — une prise de position visible, un engagement concret, une zone acquise qu'elle remet en question. La résistance se manifeste comme procrastination, « préparation perpétuelle », évitement du concret.

Ce qui aide ici, c'est d'identifier l'enjeu précis — non pas de le contourner. Le contournement ne fait que reporter la difficulté.

Type 3 : charge inadaptée

Trop, trop vite, ou le mauvais déclencheur. L'action est possible en elle-même — mais dans la forme où elle est formulée, elle est trop lourde ou trop vague pour démarrer.

Cela répond à un reformatage : trouver une micro-action physique avec un déclencheur précis.

Type 4 : conflit de sens

L'action entre en conflit avec ce que la personne considère comme important — parfois consciemment, le plus souvent non. C'est le cas le plus difficile, parce qu'un travail de surface ne le touche pas.

Le diagnostic n'est pas ici la recherche de « la vraie cause » comme explication unique. C'est une classification — pour comprendre quoi faire ensuite avec cet écart précis.

1er juillet 2026

La forme du premier pas

Une fois le sujet de travail nommé, une question se pose : que se passe-t-il concrètement dans les sept prochains jours ?

La réponse n'est presque jamais un plan. Et cette distinction compte.

L'intention et la forme

« Je lirai le matin » est une intention. Elle dépend de si l'on s'en souvient le matin, de la fatigue de la veille, de ce qui s'est passé le soir. Chaque fois, il faut prendre la décision à nouveau.

« Quand la première tasse de café est sur la table — j'ouvre le fichier du projet pendant 15 minutes, quel que soit ce qui est prévu ensuite » — c'est une forme. La décision est prise une fois. Le déclencheur active l'action sans effort de volonté supplémentaire.

Ce que fait un déclencheur

Un déclencheur est un événement précis et observable qui précède l'action. Non pas une heure de la journée (abstrait), mais un état physique : « café sur la table », « fermé l'ordinateur après l'appel », « entré dans l'ascenseur ».

Un déclencheur rend l'action structurellement inévitable — indépendante à chaque fois de la motivation, de l'humeur ou de la mémoire. C'est pourquoi la forme tient là où l'intention ne tient pas.

La règle sans exception

Une des caractéristiques d'une forme du premier pas efficace est la règle sans exception. Pas « si possible », pas « quand j'ai le temps », pas « sauf les jours difficiles ».

Cela semble strict. En pratique, cela réduit la charge cognitive : il n'est pas nécessaire de décider à chaque fois si on le fait aujourd'hui. La forme tient, ou elle ne tient pas.

Si la forme ne tient pas — c'est une donnée. Soit le déclencheur est mauvais, soit l'action est trop grande, soit il y a un type 2 ou un type 4 du texte précédent à l'œuvre.